J’emprunte le titre de cette chronique à l’introduction de Claude Lanzmann dans la dernière livraison de Les Temps Modernes [1] qui consacre son numéro aux « Harkis 1962-2012, les mythes et les faits ».
En cette année du cinquantième anniversaire de la paix en Algérie, des accords d’Evian et du référendum , au moment où l’Algérie va fêter son indépendance, j’espère que de nombreuses contributions mémorielles ou historiques aideront à une meilleure compréhension de ce passé si présent dans une ville comme Roubaix : de la première immigration d’après guerre jusqu’à la présence de milliers de harkis en passant par la répression des militants FLN, aux affrontements fratricides avec le MNA, à l’arrivée d’une nouvelle génération d’Algériens dont les enfants ne maîtrisent pas toujours l’histoire, crispés trop souvent sur des réflexes anticoloniaux.
Chargé pendant sept ans (2001-2008) de la délégation municipale aux rapatriés et associations harkis, cette rencontre avec une réalité connue mais non prise en charge intellectuellement fut bouleversante. C’est tout à l’honneur de la municipalité de gauche plurielle, car ce n’était pas dans sa culture, d’avoir permis pendant toutes ces années, un travail de mémoire, des aides pratiques personnalisées ou collectives, une approche historique de reconnaissance de l’espace
harkis à Roubaix. Cela s’est traduit dès 2001 par une délibération cadre par laquelle beaucoup d’élus prirent conscience de la réalité harki et qui visait à promouvoir un soutien accru (indemnités, aides à l’emploi, au logement, etc..) aux associations, aux personnes dont beaucoup à juste titre se sentaient doublement discriminées. La tenue d’un colloque historique[2] rassemblant témoins et historiens, l’érection d’une stèle sur le parvis du monument aux morts sont des actes importants de cette politique.
La coordination éditoriale de ce numéro des Temps Modernes a été assurée par madame Fatima Besnaci-Lancou, grand défenseur de la cause harki, fille de harki qui vécut 15 ans dans les camps de rapatriés. Nous l’avions reçue d’ailleurs à la Condition Publique lors d’une exposition sur les « chibanis »[3], son intervention alliant modération du propos et précision historique avait été fort remarquée. Elle a réuni de nombreux chercheurs dont les articles contribuent à l’évolution « d’un combat orienté essentiellement vers des revendications d’ordre matériel vers l’obtention d’une reconnaissance officielle de leur histoire »[4].C’est en ce sens qu’il faut désormais travailler à Roubaix.
Ce numéro est remarquable à double titre, d’une part par les thèmes abordés posant les problèmes actuels à la réflexion historique : la nature de l’engagement harki, les responsabilités dans l’abandon et les massacres, l’histoire scolaire des harkis en France et en Algérie, la notion à leur égard de crime contre l’humanité, et, d’autre part le symbole fort que représente le fait que cette revue ayant embrassé la cause algérienne alla jusqu’au soutien au réseau clandestin d’aide au FLN et à qualifier les harkis de chiens, « tente aujourd’hui de dire la vérité , réparant par la même une grande injustice ».
Ceux qui comme mon épouse et moi-même, très jeunes militants communistes furent des défenseurs actifs de l’indépendance ont le devoir de contribuer à faire connaître « le sort tragique des harkis ».
J’invite donc à lire ce remarquable numéro et les nombreux documents qu’il comporte et souhaite que cette lecture contribue à mettre en œuvre à Roubaix notamment, des initiatives pour instruire et faire connaître cette période si douloureuse et si controversée qui est au cœur des mémoires familiales. Passons de la mémoire à la culture historique, celle qui forge la citoyenneté engagée. Le cinquantième anniversaire nous en donne l’occasion.
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(1) Les Temps Modernes, novembre-décembre 2010,272 pages, 19,50 €, fondés par Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoir, directeur Jacques Lanzmann ;
(2) Les Harkis à Roubaix, Espaces, mémoire et citoyenneté, 23 septembre 2003 ;
(3) « Vieux sages », avril 2007, 13 portraits de Harkis ;
(4) Abdehramen Moumen, p. 159


La question est à l’ordre du jour. Longtemps j’ai pensé que dans le cadre d’une politique culturelle de haut niveau en développement, le transfert de charges aidant, cette idée permettrait à la ville d’autres investissements.

