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Archive pour la catégorie ‘Culture’

« Les parias de l’histoire »

Vendredi 27 janvier 2012

J’emprunte le titre de cette chronique à l’introduction de Claude Lanzmann dans la dernière livraison de Les Temps Modernes [1] qui consacre son numéro aux « Harkis 1962-2012, les mythes et les faits ».

En cette année du cinquantième anniversaire de la paix en Algérie, des accords d’Evian et du référendum , au moment où l’Algérie va fêter son indépendance, j’espère que de nombreuses contributions mémorielles ou historiques aideront à une meilleure compréhension de ce passé si présent dans une ville comme Roubaix : de la première immigration d’après guerre jusqu’à la présence de milliers de harkis en passant par la répression des militants FLN, aux affrontements fratricides avec le MNA, à l’arrivée d’une nouvelle génération d’Algériens dont les enfants ne maîtrisent pas toujours l’histoire, crispés trop souvent sur des réflexes anticoloniaux.

Chargé pendant sept ans (2001-2008) de la délégation municipale aux rapatriés et associations harkis, cette rencontre avec une réalité connue mais non prise en charge intellectuellement fut bouleversante. C’est tout à l’honneur de la municipalité de gauche plurielle, car ce n’était pas dans sa culture, d’avoir permis pendant toutes ces années, un travail de mémoire, des aides pratiques personnalisées ou collectives, une approche historique de reconnaissance de l’espace harkis à Roubaix. Cela s’est traduit dès 2001 par une délibération cadre par laquelle beaucoup d’élus prirent conscience de la réalité harki et qui visait à promouvoir un soutien accru (indemnités, aides à l’emploi, au logement, etc..) aux associations, aux personnes dont beaucoup à juste titre se sentaient doublement discriminées. La tenue d’un colloque historique[2] rassemblant témoins et historiens, l’érection d’une stèle sur le parvis du monument aux morts sont des actes importants de cette politique.

La coordination éditoriale de ce numéro des Temps Modernes a été assurée par madame Fatima Besnaci-Lancou, grand défenseur de la cause harki, fille de harki qui vécut 15 ans dans les camps de rapatriés. Nous l’avions reçue d’ailleurs à la Condition Publique lors d’une exposition sur les « chibanis »[3], son intervention alliant modération du propos et précision historique avait été fort remarquée. Elle a réuni de nombreux chercheurs dont les articles contribuent à l’évolution « d’un combat orienté essentiellement vers des revendications d’ordre matériel vers l’obtention d’une reconnaissance officielle de leur histoire »[4].C’est en ce sens qu’il faut désormais travailler à Roubaix.

Ce numéro est remarquable à double titre, d’une part par les thèmes abordés posant les problèmes actuels à la réflexion historique : la nature de l’engagement harki, les responsabilités dans l’abandon et les massacres, l’histoire scolaire des harkis en France et en Algérie, la notion à leur égard de crime contre l’humanité, et, d’autre part le symbole fort que représente le fait que cette revue ayant embrassé la cause algérienne alla jusqu’au soutien au réseau clandestin d’aide au FLN et à qualifier les harkis de chiens, « tente aujourd’hui de dire la vérité , réparant par la même une grande injustice ».

Ceux qui comme mon épouse et moi-même, très jeunes militants communistes furent des défenseurs actifs de l’indépendance ont le devoir de contribuer à faire connaître « le sort tragique des harkis ».

J’invite donc à lire ce remarquable numéro et les nombreux documents qu’il comporte et souhaite que cette lecture contribue à mettre en œuvre à Roubaix notamment, des initiatives pour instruire et faire connaître cette période si douloureuse et si controversée qui est au cœur des mémoires familiales. Passons de la mémoire à la culture historique, celle qui forge la citoyenneté engagée. Le cinquantième anniversaire nous en donne l’occasion.

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(1) Les Temps Modernes, novembre-décembre 2010,272 pages, 19,50 €, fondés par Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoir, directeur Jacques Lanzmann ;
(2) Les Harkis à Roubaix, Espaces, mémoire et citoyenneté, 23 septembre 2003 ;
(3) « Vieux sages », avril 2007, 13 portraits de Harkis ;
(4) Abdehramen Moumen, p. 159

Laissons les professeurs instruire

Mercredi 18 janvier 2012

Moins de professeurs, plus d’heures de présence obligatoire, mieux payés ( ?), notation au mérite (quel mérite ?) par le chef d’établissement, voila parmi d’autres des propositions du Président lors de son discours de Poitiers sur la rénovation de l’école, d’aucuns diront, et j’en suis, sur le démantèlement de l’école républicaine.

De mes années passées à la tête d’un établissement secondaire dit sensible, j’ai retenu quelques expériences et leçons bien utiles à mon engagement politique républicain.

Depuis toujours le rôle du professeur, du maître est avant tout la transmission des savoirs dans une ou plusieurs disciplines qu’il possède le plus parfaitement et le plus complètement possible. Vient alors l’acte pédagogique comme art subtil de faire entendre le savoir, de le faire partager en veillant à ce que le plus grand nombre s’en saisisse.

Vouloir contraindre l’enseignant à une obligation de présence supplémentaire est pour l’essentiel lui faire jouer un rôle qui n’est pas le sien. Transformer les professeurs en assistantes sociales, infirmiers, psychologue, guide familial quand ce n’est pas moniteur ou guide touristique c’est affaiblir le sens  même de l’enseignement public. Paradoxalement cela pénalisera une fois de plus ceux qui sont en plus grande difficulté. Le maître n’étant plus reconnu en tant que tel la référence au savoir nécessaire s’estompe.

Revaloriser le professeur c’est de lui permettre de toujours mieux maîtriser ses savoirs car loin de cloisonner cela permet et oblige la connaissance et l’accès plus facile aux autres disciplines, la curiosité raisonnable faisant loi. C’est là que réside la véritable interdisciplinarité et non la confusion qui annihile les points de repères nécessaires aux apprentissages. Ce travail indispensable de recherche et de mise à jour fait partie des missions et prend du temps.

Certes au-delà des 18 heures de cours, il est nécessaire, et c’est déjà le cas, d’organiser des espaces et des temps pour informer des parents soucieux de connaître les progrès disciplinaires en fonction des exigences, d’être à l’écoute, d’échanger, de consulter ou de se documenter ; est-il besoin pour autant de construire force bureaux ou salles de réunion ?

Revaloriser l’Ecole, c’est revaloriser l’enseignant dans la certitude qu’il sert par ses connaissances une morale républicaine fondée sur Raison et Savoir et non sur un utilitarisme social qui conforte par sa duplicité le statut social de chacun.

L’Ecole a besoin d’égalité et d’unité. Autrefois, dans les Ecoles Normales les futurs enseignants recevaient des leçons de morale professionnelle qui fondaient une démarche républicaine commune.

Cette méthode unitaire est à l’opposé de cette école publique libérale sans racines qu’on nous met en place peu à peu ce qui se traduit en termes choisis : autonomie des établissements, école ouverte, adaptation à l’économie, projet d’établissement, rentabilité et classement des performances, éducation des familles, autant de billevesées, autant d’alibis pour cacher ses échecs.

Quant aux chefs d’établissement, plus que de noter les professeurs, ce qu’ils font déjà d’ailleurs, c’est leur rôle de médiateur, de recours, de contrôle et d’aide à la progression des enseignements (progression inscrite dans le cahier journal de chaque classe et consultable par tous) qui est important bien plus qu’une simple influence sur une carrière au mérite fondée sur quels critères d’ailleurs. Ils doivent être les éléments de stabilité, être maître des maîtres.

C’est à ce prix que le maître revalorisé en son enseignement savant et culturel donnera le désir d’embrasser la carrière de professeur.

Quand les sirènes se taisent…

Lundi 16 janvier 2012

Avez-vous remarqué que maints de nos établissements secondaires publics avaient reçu des noms de poète, de romancier ou de philosophe. De Charles Baudelaire à Jean Jacques Rousseau en passant par Albert Samain, Madame de Sévigné ou encore notre Maxence Van der Meersch. C’est indirectement ce dernier qui nous préoccupe.

Certes de nos jours, on rebaptise, hélas, au profit de quelque appellation plus contemporaine le nom de nos établissements lorsque ceux-ci sont reconstruits ou rénovés. Ainsi disparu il y a quelque temps Jean Jacques Rousseau, triste destinée de nos références culturelles dans une ville qui en a bien besoin. Enfin est-il encore heureux que nous échappions à quelque dénomination de complaisance d’actualité musicale ou sportive voire politique qui flatte certain.

Van der Meersch va disparaître, le Lycée bien sûr, manière encore plus radicale de ne plus honorer notre littérature.

Penchons nous sur le fond de l’affaire. Quoiqu’en dise le rectorat, c’est bien le transfert et la fusion de deux lycée dont il s’agit. La position officielle n’est pas dénouée de fondement pédagogique même si elle relève essentiellement d’un souci de rentabilité. Mais après tout ne pourrait-il y avoir de rentabilité pédagogique si elle vise l’intérêt de la réussite scolaire ? En effet un lycée de 200 élèves ne peut plus offrir diversité des cursus, choix d’orientation, nombre de professeurs à temps plein et donc en conséquence détourner nombre de familles à s’y inscrire.

Mais en l’occurrence c’est prendre les effets pour la cause car tout cela est la conséquence d’absence de choix d’investissement social et culturel depuis de nombreuses années et d’une analyse lucide.

Pourquoi l’enseignement secondaire privé accueille plus d’élèves que le public au terme d’un long glissement créant un déséquilibre qualitatif évident ?

Pourquoi ne s’est-on pas opposé à une hiérarchisation des établissements publics en privilégiant sur certains sites l’accueil des meilleurs, ceci avec une complicité de fait, y compris au sein de l’Education Nationale et des responsables politiques.

Pourquoi aucune décision ou si peu n’a été prise pour développer un accueil plus divers socialement ainsi que des filières plus attrayantes (pensons à la suppression de la classe sport-étude) !

Les difficultés sociales de la ville ont une influence directe sur le recrutement, elles sont d’ailleurs amplifiées au sein des établissements du seul fait d’un écrémage social tacitement organisé. Pour exemple un collège des quartiers nord accueille 50% d’élèves de parents sans emploi alors que la moyenne  du secteur est de 30% !

Il n’est pas étonnant alors de trouver force stratégie de contournement de la carte scolaire officielle ou officieuse pour rejoindre le grand lycée privé au lieu du lycée apparemment défavorisé tant par sa situation que par son recrutement !

Cette stratégie d’évitement est passée ces dernières années du collège au lycée. Elle est l’affaire de parents de toutes origines soucieux de distinction sociale au travers de la réussite scolaire de leurs enfants et d’intégration « bourgeoise » (la « beurgeoisie »). Elle pénalise les établissements dit de périphérie qui plus ils reçoivent de moyens plus on les stigmatise dans une dérive aussi injuste que pénalisante pour nos enfants.

Combien apparaît dérisoire la valse des politiques dans leur soutien à la lutte des professeurs, parents et élèves d’autant plus que pour beaucoup d’entre eux ils n’ont pas brillé par leur engagement laïque vis-à-vis de l’école publique. Combien de conseillers municipaux qui, pour certains s’affichent très à gauche, ont fait le choix de l’enseignement privé pour leur progéniture !

La solution n’est pas simple car elle ne relève pas seulement du système scolaire. Elle passe par un examen global, sans complaisance de la situation sociale, culturelle et éducative des familles et des jeunes dans la ville.

Il y a place pour deux grands lycées publics d’enseignement général à Roubaix permettant d’offrir toutes les options y compris celles des humanités classiques, des classes préparatoires, des filières valorisantes. L’heure doit être à la restructuration et à la reconquête. Elle passe par une nouvelle politique sociale, urbaine et culturelle tournant le dos à l’enclavement communautaire de nos quartiers et de la ville dans la métropole nord. Il est urgent de tout mettre sur la table et de décider avant la fin de l’année, il y a toujours une autre politique possible.

Que les sirènes de Van der Meersch redeviennent les trompettes de la renommée.

2012 : la bonne année pour un bloc-notes utile

Dimanche 15 janvier 2012

Un célèbre chroniqueur littéraire nous interpelle au sujet de l’encombrement événementiel de cette année quant à la place des écrivains et d’une certaine façon de la littérature et de la culture en général : «En vertu du principe selon lequel les campagnes électorales pour les présidentielles et les législatives devraient vitrifier la saison littéraire, on n’en appréciera que davantage les romanciers qui auront pris de risque de lancer leur cri entre le tournoi de Roland-Garros, le Tour de France, l’Euro de football, la commémoration de la fin de la guerre d’Algérie et celle des 50 ans de l’indépendance. Au fond, cette période sera idéale pour (re)lire Saint-Simon, Flaubert, Proust en toute quiétude en leur consacrant le temps nécessaire. Ce sera si bon qu’on en viendra à espérer un troisième tour de scrutin. » Il aurait pu ajouter les jeux olympiques.

Pour moi ce sera Proust. Après tout en ces temps de désastre dans l’expression de notre langue, il n’est pas inutile de retrouver la musique de judicieux imparfaits du subjonctif.

Pour moi, ce sera aussi la politique à laquelle ce bloc-notes est le plus souvent consacré. S’appuyer sur l’expérience sociale quotidienne pour poser les grandes questions, c’est non seulement tenter d’élever le débat mais aussi de faire partager ou retrouver le sens de celui-ci et de l’action politique, en fait de retrouver du sens à l’engagement ; la France n’est-elle pas depuis toujours une grande nation politique.

A force de tripatouillages, de confusion entre gestion technique des dossiers et courage politique, de discours univoque et uniforme, la pauvreté de la vie politique locale a contribué à endormir le débat, la lutte et la compréhension des vrais enjeux sans compter  la disparition du militantisme désintéressé.

Je formule l’espoir qu’avec la reprise de ce bloc-notes républicain et citoyen contribuer à forger des convictions, à soulever controverses et même polémiques.

Roubaix, en particulier est un creuset où l’on retrouve tous les problèmes et débats que traverse notre république aujourd’hui. En y puisant nos sujets, j’espère contribuer modestement à forger les consciences pour un engagement citoyen.

C’est le vœu que je formule. A vos claviers…

 

Ma patrie, c’est la langue française

Lundi 20 juin 2011
Manifestation du 18 juin 2011

Manifestation du 18 juin 2011

Le 18 juin est-il entrain de devenir non seulement le jour de l’Appel avec toutes les commémorations habituelles mais celui où l’on manifeste son attachement à la patrie et à sa langue ?

Les républicains de Riposte laïque ont, à l’Etoile, manifesté sur le thème « Tous en bleu, blanc rouge pour chanter l’amour de la France » et le même jour la présence de Nicolas Dupont-Aignan, Jean-Pierre Chevènement à la tête de 1200 manifestants francophones pour la défense de la langue française, traversant le quartier latin ont porté une lettre ouverte à la ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche qui favorise l’usage de l’anglais dans l’enseignement et la recherche.

La mise à mal de notre langue dans le monde et dans la république avec la complicité d’élites mondialisés est un des aspects les plus odieux de mépris de la nation. C’est au peuple qui revient au quotidien dans nos écoles, dans nos quartiers de promouvoir le bel usage de notre patrimoine commun, la langue française qui est le principal moyen de lutter contre tous les particularismes, pour une véritable intégration sociale et une large promotion culturelle.

De la Belgique à l’Afrique centrale, du Québec au Liban, la francophonie c’est le lien des peuples.

On se prend à espérer un candidat à la présidence porteur de ce message.

Non au transfert du musée à Lille Métropole.

Mercredi 13 avril 2011

musee-la-piscineLa question est à l’ordre du jour. Longtemps j’ai pensé que dans le cadre d’une politique culturelle de haut niveau en développement, le transfert de charges aidant, cette idée permettrait à la ville d’autres investissements.

Aujourd’hui au regard de l’histoire, du patrimoine roubaisien, de la vie culturelle locale, j’estime que la pertinence de ce transfert ne s’impose plus. Le musée d’art et d’industrie est intimement lié à l’histoire de cette ville : industrie textile, musée industriel au XIXème siècle, Ecole des Beaux Arts d’avant guerre, groupe de Roubaix, ENSAIT et lycée textile pour ne citer que ces points de repère.

Il se trouve qu’aujourd’hui de par son rayonnement il est porteur du nom de notre commune à l’image de ce Roubaix connu dans le monde entier, de Melbourne au Cap en passant par Buenos-Aires, ville textile « mondialisée » pour son savoir faire. La condition publique en témoigne encore aujourd’hui.

Le succès national et international du musée, son patrimoine unique de collections textiles si utile aux chercheurs, aux plasticiens et autres designers, son action locale de démocratisation de l’accès à la création artistique en font un outil qui me semble devoir rester aux roubaisiens et à leur élus ainsi qu’aux professionnels qu’ils ont choisis.

En l’occurrence, ni patriotisme local, ni étroitesse d’esprit mais un souci de conserver cette image rénovée et audacieuse fondée sur notre l’histoire industrielle et ouvrière, source d’accès à la culture dans ce qu’appelait Antoine Vitez «l’élitisme pour tous ».

En ce sens la diversité de notre population, l’impérieuse nécessité d’une politique de proximité tournée vers le plus grand nombre, le rassemblement des sensibilités nous imposent le choix de conserver notre compétence.

Quant à l’argument du financement, compte tenu des règles de transfert, les conséquences positives n’apparaîtront que dans de nombreuses années dans l’hypothèse d’un nouveau développement de l’institution. Les coûts de fonctionnement sont une préoccupation bien légitime et rien n’empêche aujourd’hui comme dans l’avenir, compte tenu des compétences de la communauté que celle-ci intervienne en soutien. Le bilan artistique et scientifique actuel en témoigne.

La « galerie débridée », consacrée à l’art brut

Mardi 29 mars 2011

Tous les week-ends n’étant pas électoraux et ce bloc note étant autant culturel que politique, je ne participerai donc pas à la désaffection des urnes en invitant à se rendre, cette fin de semaine, au château de Bernicourt à Roost Warendin pour y découvrir la galerie débridée, galerie d’art que vient d’ouvrir mon ami André Dubuc.

André Dubuc initiateur te directeur de la galerie, est aussi directeur général du Centre historique Minier
André Dubuc

André Dubuc, grand amateur d’art, qui fut à une période d’essor culturel de la ville de Tourcoing, mon complice, entre autres, dans la création d’un Automne Culturel à Tourcoing festival qui eut son heure de gloire national et international avant de disparaître en 1983 lorsque la ville fut reprise par la droite, vient d’avoir la riche idée d’ouvrir une galerie d’art consacré à l’art brut dans un lieu magnifique et très adapté dans une importante dépendance du château. Les collectionneurs, les amateurs d’art, les curieux ne peuvent que se féliciter de cette initiative originale car elle est unique dans la région et complète utilement ce que le Musée de Villeneuve d’Ascq offre en matière d’art brut.

La manifestation actuelle est consacrée à Jacques Trovic. En 1964, à l’âge de 16 ans, il expose sa première tapisserie et depuis a réalisé plus 300 œuvres dans sa maison d’Anzin. Il se trouve peu à peu reconnu comme un des grands artistes naïfs de la création textile. Il est désormais présent dans les plus grands musées (Musée d’art brut de Lausanne, Musée d’Art Naïf de Nice ainsi que celui de Laval ou encore au Centre historique minier de Lewarde). L’ayant rencontré récemment sa gentillesse, son esprit curieux, son inlassable création en font un personnage attachant dont les œuvres reflètent bonheur et jubilation. 

trovic-invitation
Le vannier, 2005 (détail)

André Dubuc nous annonce d’autres expositions dès l’automne prochain. Samedi et dimanche prochains les derniers jours d’ouverture doivent être un but de découverte artistique, de rencontre avec Jacques Trovic qui travaille sur le lieu mais aussi de promenade dans un endroit attachant.

Pour s’y rendre : autoroute A21, sortie n°22, direction Roost-Warendin (samedi : 15h – 18h ; dimanche : 10h30 – 12h30 et 15h – 18h) 

Il y a cinquante ans : Patrice Lumumba

Lundi 17 janvier 2011

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Le hasard du zapping m’a conduit à regarder le très intéressant documentaire de la Télévision belge sur Patrice Lumumba. Assassiné le 17  janvier 1961 à Elisabethville, voilà cinquante ans, il reste pour une génération de militants de gauche comme un repère important de leur engagement à l’époque dans les luttes de libération des peuples colonisés.

Des souvenirs bien précis me reviennent, notamment les manifestations de soutien venant de la gauche communiste accompagnées par de nombreux étudiants progressistes d’Afrique noire des facultés lilloises car nous avions apprécié son discours du 30 juin 1960, jour de la déclaration d’indépendance du Congo belge, ridiculisant le roi des belges, Baudouin 1er qui s’était évertué à défendre les bienfaits du colonialisme belge dont on sait qu’il fut particulièrement violent.

Dans ces années d’apprentissage, d’engagement et de lutte pour la paix en Algérie, Lumumba reste un point de repère comme le fut Fidel Castro et quelques autres… En janvier et février 1961, les évènements se précipitèrent. Nous avions rencontré grâce à des amis communs quelques responsables étudiants congolais ou de pays voisins qui firent sensation en arrivant dans le quartier de la Malcense à Tourcoing où nous les reçûmes très surpris car quelques uns portaient le costume traditionnel.

Nous n’avons pas appris tout de suite l’arrestation et le meurtre de Lumumba mais le complot « des impérialistes américains » et de leur valets belges nous apparaissaient évidents et idéologiquement motivants. Les faits alors supposés ne furent que tardivement confirmés par la bien tardive commission d’enquête belge de 2001.

Une vague d’indignation et de manifestations seproduisit début février et Lille fut le théâtre de fortes mobilisations d’étudiants surtout africains. La répression la plus spectaculaire eut pour théâtre la faculté des Lettres dans laquelle s’étaient réfugiés les manifestants pourchassés par la police. Celle-ci n’hésita pas à rompre la tradition qui veut que l’université soit protégée, pour se lancer dans une poursuite violente des étudiants africains dans les différentes coursives et étages de la vénérable Fac de Lettres Angellier.

Seul le journal « Liberté »  rendit compte sur deux pages de photographies du matraquage et des violences.

Nationaliste, progressiste, plus qu’un symbole en ces temps de lutte, Lumumba fut la source pour beaucoup de notre indignation, certes, mais surtout de notre engagement politique.

Il reste encore aujourd’hui à faire le procès des assassins !